Pas encore la cinquantaine, John était accoudé, ce lundi matin, au comptoir du bar où chaque jour depuis des années il avait coutume de prendre son café "stretto" avant de franchir le seuil du bureau.
En ce début de semaine il rentrait d'une courte période de congés ; déjà plongé dans les dossiers qu'il allait retrouver, John pressentait, pourtant, que quelque chose d'important allait se produire, un événement qui risquerait de bouleverser sa vie.
Depuis sa tendre enfance John était un être sensible et rêveur. Lorsque le quotidien devenait insupportable et que la morosité envahissait son frêle corps d'enfant, il se réfugiait sur son nuage et s'adonnait à construire un monde meilleur où l'amour, l'amitié et la justice, l'emportaient toujours contre tous ces événements qu'en bas, sur terre, le rendaient malheureux.
Son nuage John l'a construit car c’est un éternel insatisfait, il demande à la vie toujours plus, sans jamais profiter de ce qu'il a conquis. Sans cesse en quête du Graal il place, jour après jour, le curseur toujours plus loin. Le nuage qui gravite au dessus de sa tête et sur lequel, bien sûr, il continue de grimper est aussi le point culminant de son territoire d'où, comme le mâle alfa d’une meute de loups, il observe stoïque les agitations et les querelles de la gent envers laquelle il manifeste une indifférence condescendante.
Ces derniers temps, John vivait assez mal l’érosion du temps qui passe sur son corps et qui, jour après jour, ternie l’image de séducteur latin qu’on lui a collé, mais qu’il a tout de même entretenue, par simple fierté de mâle dominant..........